28 Novembre 2016

Michel Aubry

A propos d'Hubert Curien

Professeur ayant tenu à enseigner toute sa vie, y compris lorsqu’il était ministre, Hubert Curien a toujours gardé, certains réflexes d’enseignant et d’examinateur. Au ministère, il lui arrivait de nous poser, gentiment, des « colles » pour s’assurer peut-être de la fiabilité de ses conseillers dans les domaines scientifiques. Il ne fallait pas le décevoir dans ces domaines pour lesquels il n’admettait ni l’à peu près ni les faux semblants, monnaies courantes en politique.

Chercheur en laboratoire jusqu’au milieu des années 60, il en avait gardé une vive curiosité pour tout ce qui était scientifique. Après plus de vingt ans de direction (à partir de 1966) des plus grands organismes de recherche de la République, disposant dans ces domaines d’une vue vraiment « panoramique », sa curiosité restait intacte. Lors des déjeuners de travail organisés au ministère avec les meilleurs chercheurs dans tel ou tel domaine, il voulait que ses interlocuteurs lui en exposent d’abord les tout derniers développements. Je me souviens notamment de ces déjeuners sur l’astrophysique, la thérapie génique ou la recherche spatiale : scientifique discutant avec des scientifiques, le ministre y était particulièrement heureux.

Ministre, c’est une fonction au service de laquelle il manifesta des compétences exceptionnelles et des qualités remarquables de négociateur qui lui valurent un respect unanime. Pour autant, nous avons pu constater à maintes reprises qu’il ne fut jamais dupe de la comédie du pouvoir sur laquelle il portait souvent un regard amusé. Tout a été dit sur la réserve qu’il observait à l’égard des signes extérieurs du pouvoir politique, notamment son souci de ne pas se mettre « en avant » ni par exemple dans le champ des photographes lors des photos officielles .Il en était d’autant plus respecté de tous.

Comme bien d’autres, en plusieurs occasions, j’ai pu constater l’ « effet Curien » lors de son voyage aux Etats Unis, à la fin des années 1990. Lors de mon séjour à l’Ambassade de France à Washington, j’avais eu à organiser des rencontres d’officiels ou de ministres français avec leurs homologues du gouvernement fédéral. Le schéma était toujours le même : l’officiel américain se faisait remettre au préalable le CV de son visiteur dont il n’avait en général qu’une connaissance imparfaite. La rencontre était courtoise mais, le plus souvent, formelle.

Tout autres furent les entretiens du Ministre Curien aux Etats Unis. Ses interlocuteurs du gouvernement ou les responsables des grands organismes de recherche le connaissaient souvent de longue date. Certains avaient travaillé avec lui lors de négociations de projets internationaux et ne manquèrent pas de lui manifester combien ils étaient heureux et très honorés de sa visite.

Michel Aubry

  • Conseiller pour la science et la technologie à l'Ambassade de France à Washington de 1987 à 1991
  • Directeur de recherche au CNRS : conseiller au cabinet d'Hubert Curien 1991 1992
  • Directeur de l'INSU de 1992 à 1996

 

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