28 Novembre 2016

Jean-Loup Salzmann

Le sens des mouvements de la science

Hubert Curien avait le sens de ce qui allait bouger en science. Il avait ce type de curiosité typique des grands scientifiques qui lui faisait toujours poser les bonnes questions. Ceci ajouté à sa grande humanité, peut expliquer qu’il a su diriger la recherche de notre pays pendant si longtemps (a des postes variés mais toujours exécutif) en sachant anticiper les changements qui s’annonçaient.

Le domaine de la médecine et de la biologie le fascinait parce qu’il percevait les formidables révolutions qui s’annonçaient.

J’ai rejoint le cabinet en 1988 avec une feuille de route très simple : mettre en place une force de frappe sur la recherche sur le SIDA. Il y avait déjà un début d’organisation le Programme National de Recherche sur le SIDA, mais il y manquait une structure une interaction avec les organismes de recherche et les universités une coordination avec le ministère de la santé et surtout de l’argent ! En fait, la force de conviction d’Hubert Curien emportait tout sur son passage, les réticences des uns et des autres et surtout la clé : il savait convaincre François Mitterrand de l’importance des choix scientifiques et de leur nécessaire financement.

C’est aussi fin 1998 que, sur la demande d’Hubert Curien, j’ai reçu son ami François Gros accompagné de Bernard Barataud président de l’AFM qui se débattait pour obtenir du gouvernement les autorisations pour développer la collecte de fonds pour son association (ce qui allait devenir le téléthon). François Gros en était le président du conseil scientifique. A la demande d’Hubert Curien et grâce à la force de persuasion de François Gros l’AFM orienta sa collecte de fonds sur la recherche sur les maladies génétiques et reçu l’accord du gouvernement. C’est lui aussi qui, après avoir reçu Jean Dausset, prix Nobel de médecine, l’aida dans son projet de cartographie du génome humain, puis le mit en contact avec Bernard Barataud, avec à la clé un effort formidable de la France dans le projet international de séquençage du génome humain. Pour se rendre compte de l’ampleur de la tache (et des progrès technologiques qui ont suivi), l’ensemble du projet mondial de séquençage du génome humain a mis 15 ans a se réaliser et a couté plus de 2 milliard de dollars. Aujourd’hui, on peut séquencer le génome d’une personne en quelques heurs pour moins de deux mille dollars !

C’est aussi sous l’impulsion d’Hubert Curien que furent coordonnées les recherches sur la maladie de la vache folle et qu’un test de dépistage put être mis au point par le CEA.

La méthode d’Hubert Curien était toujours la même : écouter longuement les meilleurs scientifiques du sujet, faire confiance aux chercheurs, aux universités et aux organismes de recherche, convaincre ses collègues du gouvernement, puis lancer une initiative sur le long terme.

Sur ces points, comme sur bien d’autres, Hubert Curien a su placer son action sur le long terme et en cela il a été non seulement le ministre de la recherche celle du temps long mais aussi celui de la technologie qui doit nécessairement se faire sur des durées plus courtes.

Jean-Loup Salzmann

  •  Medecin
  • Conseiller technique chargé de la Biologie et de la Medecine de 1988 à 1993
  • Actuellement Président de la Confèrence des Présidents d'Université.

 

 

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