20 Janvier 2020

Marie-Christine Lemardeley

Marie-Christine Lemardeley

Adjointe à la Maire de Paris chargée de l'Enseignement Supérieur, de la Recherche et de la Vie Etudiante

Monsieur le Premier Ministre, cher Laurent Fabius
Madame la Ministre, chère Frédérique Vidal
Madame la Maire du 5e arrondissement
Monsieur le Président du Centre national d'études spatiales, cher Jean-Yves Le Gall
Monsieur le Directeur de l’École normale supérieure, cher Marc Mézard
Cher Christophe et Nicolas Curien
Chers amis d’Hubert Curien
Chers collègues,
Chers amis,

Nous sommes réunis ce matin, pour rendre hommage à Hubert Curien, physicien, cristallographe et grand personnage de la recherche française qui fut tour à tour directeur général du Centre national de la recherche scientifique, président du Centre national d'études spatiales, premier président de l’Agence Spatial Européenne et ministre de la Recherche sous cinq gouvernements entre 1984 et 1993.

Je veux d’abord dire mon émotion à être ce matin aux côtés de deux des enfants d’Hubert Curien, aux côtés de tant de visages familiers, dans ce lieu situé à quelques mètres de l’École normale supérieure, en face de l’École de physique et chimie industrielles de la Ville de Paris et au cœur de la Montagne Sainte-Geneviève qu’a tant fréquentée Hubert Curien.

Je pense également aux personnes qui nous ont fait part de leur regret de ne pouvoir être à nos côtés aujourd’hui en particulier à son épouse et à son troisième fils retenu à l’étranger.

Lorsque nous avons lancé les invitations pour l’inauguration de cette nouvelle place du 5e arrondissement, j’ai eu le plaisir d’apprendre qu’Hubert Curien lui-même, avec Etienne Guyon et Pierre Gilles-de-Gennes avait œuvré ensemble pour nommer la place qui se trouve à l’angle des rues Rataud, Érasme et Brossolette, la « Place Alfred Kastler » en hommage au prix Nobel de Physique de 1966, ce qui a été acté par une délibération du Conseil de Paris en 1996.

Une autre illustration de cette proximité entre la vie d’Hubert Curien et ce quartier si unique qu’est la Montagne Sainte Geneviève est l’association créée par Etienne Guyon et Constant Burg, qui réunissait l’ESPCI, l’ENS, l’Institut Curie et l’Institut de Biologie et Physique Chimie qui a été présidée par Hubert Curien et a permis la création de la Villa Pasteur, rue d’Ulm.

Cet hommage nous le lui devions, car Hubert Curien a œuvré tout au long de sa vie en faveur d’une science ouverte, accessible et partagée et a fait de la diffusion de la culture scientifique l’un de ses grands combats. La Fête de la Science, aujourd’hui instrument de diffusion de la culture scientifique et de promotion du savoir-faire des établissements de recherche, née sous son impulsion après qu’il eut ouvert le jardin du ministère à l’occasion des dix ans du ministère de la Recherche et de la Technologie au grand public en 1991, en est l’illustration.

Résistant dans le maquis vosgien, il a conçu la recherche non seulement comme un outil de coopération durable entre les disciplines et les nations mais aussi comme un outil au service d’un idéal de partage et de paix. Ce père de l’Europe spatiale a certainement acquis aux heures sombres du XXe siècle la conviction que si la science est un instrument désincarné et seulement orienté vers des applications égoïstes, alors elle devient un poison mortel pour notre société toute entière.

Fils de fonctionnaire ayant bénéficié de la promotion sociale qu’offrait à la Libération le système éducatif français, à l’heure où partout dans le monde des jeunes femmes et hommes manifestent leur crainte de relégation sociale, Hubert Curien nous rappelle la nécessité de soutenir ces valeurs de justice sociale et de réinvestir collectivement dans la jeunesse.

Au moment où la notion de vérité scientifique est menacée d’être reléguée au rang d’opinion, l’engagement pour la recherche publique relève d’un choix politique fort en faveur d’une société libre fondée sur le progrès, la raison et la coopération. Face à l’urgence climatique, loin d’attendre de la science et de la technique des solutions miracles, nous devons comme Hubert Curien concevoir la recherche comme un moyen d’élever l’humanité pour surmonter la catastrophe annoncée et aller vers une meilleure compréhension de nos besoins vitaux.

L’éducation et la science comme moyen d’émancipation et d’élévation sociale ; la recherche au service du progrès humain et de la coopération. C’est à cet héritage que nous rendons hommage ce matin. Jean Zay, père du CNRS, écrivait d’ailleurs « il faut donner à la jeunesse assez de doctrine offensive, assez de convictions intangibles, assez d’impératifs, assez d’armes pour affronter les dangers d’une époque, pour défendre par tous les moyens l’héritage de nos libertés ».

Nul doute qu’Hubert Curien, qui tout au long de son parcours a continué à enseigner avec passion, y compris lorsqu’il était ministre, aurait adhéré à cette idée d’une jeunesse armée pour défendre l’héritage de nos libertés.

Ici, à quelques mètres de la rue Érasme du nom de celui qui a apporté l’humanisme à l’Europe, nous faisons ainsi le choix de donner à connaître à l’étudiant de la Montagne Sainte-Geneviève, au chercheur de l’ENS ou de l’ESPCI et au passant curieux le legs précieux d’un homme chaleureux et  engagé, qui a toujours choisi de faire confiance en une science ouverte et résolument au service des valeurs de paix, de partage et de liberté.

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