20 Janvier 2020

Frédérique Vidal

Frédérique VIDAL

Ministre de l'Enseignement supérieur, de la Recherche et de l'Innovation

Monsieur le Président du Conseil Constitutionnel,
Madame la Maire (Florence Berthout),
Madame l’adjointe à la Maire de Paris, chère Marie-Christine,
Monsieur le Directeur, cher Marc Mézard,
Mesdames et messieurs les professeurs, chers collègues,
Bonjour à toutes et à tous,

Je suis heureuse de vous retrouver ce matin et je tiens à remercier la mairie du 5e arrondissement et la mairie de Paris qui nous offrent l’opportunité de rendre hommage à Hubert Curien dont l’héritage scientifique et culturel est tout à fait incomparable.

Il me faut tout d’abord dire un mot, il me semble, de l’endroit où nous nous trouvons et que je désignerais volontiers comme l’un des épicentres de l’enseignement supérieur, de la recherche et de l’innovation en France. Au coeur du Quartier latin, à deux pas de mon ministère, entre l’ENS et l’ESPCI et face à la place Alfred Kastler, on ne pouvait trouver plus bel écrin pour saluer la carrière scientifique d’Hubert Curien et ses sept années passées à la tête du ministère de la Recherche et de la Technologie, dans votre gouvernement – cher Laurent Fabius –, puis comme ministre de la Recherche et de l’Espace.

A quelques mètres d’ici, à côté du laboratoire dans lequel Pierre et Marie Curie découvrirent le radium, sur la façade de l’ESPCI, une mosaïque représente également un ensemble de quartz et je crois qu’Hubert Curien, cristallographe, y aurait trouvé une satisfaction toute particulière, propre à la passion des scientifiques pour leurs objets d’études ; et je suis bien placée pour le comprendre.

Hubert Curien a tant contribué à asseoir le statut de la ville de Paris comme mégapole scientifique internationale qu’il semble bien naturel que quelques mètres carrés de cette ville portent aujourd’hui son nom. Sa modestie et son humilité, que tous rapportent unanimement en l’évoquant, en seraient peut-être heurtées, mais voyons-y également un outil supplémentaire pour oeuvrer à l’une des grandes causes d’Hubert Curien : la promotion de ce que l’on appelle désormais la culture scientifique, technique et industrielle.
Parmi les centaines d’étudiantes et d’étudiants qui traversent ces rues chaque jour, certains auront ainsi la curiosité de rechercher ce qu’est un cristallographe ou d’apprécier une carrière toute entière dédiée aux sciences, à leur enseignement et aux politiques publiques qu’elles appellent.

Pour rendre hommage à Hubert Curien, et je sais que ce n’est pas une pratique courante, j’aimerais vous parler de moi… Il ne s’agit pas de ma personne, non, mais de moi en tant que ministre et, plus particulièrement, de mon agenda de la semaine dernière. Loin de vouloir illustrer l’expression « avoir un emploi du temps de ministre », je voudrais en vérité témoigner de l’empreinte durable d’Hubert Curien sur nos politiques d’enseignement supérieur et de recherche et, par là même, de sa nature résolument visionnaire.

La semaine dernière, donc, j’ai passé deux jours à Séville au Conseil ministériel de l'Agence spatiale européenne dont Hubert Curien a été le premier président. Il présida également le Centre national d'études spatiales (CNES) et on ne saurait lui rendre hommage sans rappeler son engagement européen, mais aussi sa passion pour la recherche, l’exploration et les industries spatiales. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard s’il y a quelques jours, j’ai rassemblé les principaux acteurs de l’industrie spatiale française – dont Arianespace – dans la salle de réception Hubert Curien, au coeur de mon ministère, pavillon Boncourt.

Un second événement a marqué ma semaine passée. Il s’agit de l’anniversaire des 80 ans du CNRS, au Palais de la découverte, célébré sous l’égide du Président de la République.

En 1966, Hubert Curien avait fait son entrée au CNRS comme directeur scientifique de la physique, mais la filiation entre ces 80 ans et notre réunion d’aujourd’hui est d’une autre nature. Emmanuel Macron a effectivement saisi cette opportunité pour rappeler que nous travaillons à l’élaboration d’une loi de programmation pluriannuelle de la recherche ambitieuse et que nous souhaitons, à travers elle, donner un nouvel élan à nos universités et nos organismes, c’est à dire à la recherche française, mais aussi davantage témoigner de notre reconnaissance à nos enseignants-chercheurs. Toutes ces avancées décisives – et nécessaires pour l’avenir du pays – s’inscrivent dans les pas de quelques pionniers, de quelques scientifiques et de grands visionnaires, comme Hubert Curien, qui ont forgé nos systèmes d’enseignement supérieur, de recherche et d’innovation actuels.

Lors de ces 80 ans, le Président de la République a plus précisément déclaré qu’un certain esprit de résistance français avait conduit à la création du CNRS en 1939, un certain orgueil qui visait à garantir notre souveraineté autant qu’à comprendre le monde et façonner l’avenir. Il y a donc une coïncidence heureuse, et beaucoup de beauté, à ce que cette place Hubert Curien que nous inaugurons aujourd’hui se trouve rue Pierre Brossolette, alors même – et nous l’omettons souvent – qu’Hubert Curien s’était lui-même engagé dans la Résistance pendant la Seconde Guerre mondiale.

Au-delà du scientifique, du citoyen européen et du ministre, il nous faut donc également honorer un patriote et l’esprit de résistance est surement celui qui lie chacun des pans de la vie d’Hubert Curien : une confiance impérieuse en la science, un désir résolu de progrès et une conscience aigue de l’intérêt général qui nous rassemblent aujourd’hui, qui font la fierté de ses proches et qui nous obligent collectivement.

Merci à toutes et à tous.

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