28 Novembre 2016

Marie-Claude Ledur

La cérémonie du 11 novembre

Novembre 1984. Le Ministre a été nommé en juillet au Ministère de la Recherche et je prépare la première cérémonie du 11 novembre. Je n’ai pas d’angoisse, dans la mesure où j’ai préparé l’année précédente la cérémonie à l’Industrie que présidait Laurent Fabius, Ministre fort exigeant sur le protocole. Les anciens combattants sont invités. Les gerbes commandées.

A droite du monument je placerai les anciens combattants, à gauche l’état-major de la Recherche. Le Ministre s’avancera, on lui remettra la gerbe qu’il déposera. Une minute de silence… Puis rassemblement autour d’un « pot » sobre mais tout de même consistant. La cérémonie se déroule comme prévu ; le Ministre a parlé longuement avec les anciens combattants. On boit en papotant agréablement, mais je sens le Ministre contrarié. Une fois les services dispersés, il m’appelle. « Marie Claude venez avec moi ». On redescend l’escalier d’honneur et il se dirige vers le monument aux morts dédié à la promotion des Polytechniciens qui, à l’entrée des allemands, ont résisté et ont tous été exécutés.

« Lisez s’il vous plaît », me dit-il… Je commence à égrener les noms les uns après les autres. Il m’arrête au cinq ou sixième et me dit « et c’est tout ce que vous faites en mémoire de ces jeunes qui sont morts pour leur Pays… ».

Et il me raconte alors son engagement dans la résistance, l’ancien instituteur qui avait mobilisé les jeunes en leur disant « Quand je te ferai appeler à n’importe quelle heure du jour ou de la nuit, tu prends un sac et tu viens ». Les horribles combats avec la mort d’un jeune sur deux et lui-même qui s’en sort par miracle. C’est le plus jeune, on ne peut pas le nommer officier à la fin de la guerre compte tenu de son jeune âge ; alors on lui remet la médaille militaire. Très émue je fonds en larmes… et présente mes excuses au Ministre.

A qui demander conseil… Je ne sais pas…

Alors tant pis ; en remontant dans mon bureau j’appelle la Garde Républicaine. Chef de Cabinet d’un Ministre, le titre ouvre les portes ; j’ai le commandant lui-même à qui je raconte sobrement le passé d’Hubert Curien et sa demande.

« Madame Ledur » me dit le commandant, « c’est écrit en lettres d’or pour moi, dites au Ministre que nous serons présents avec un contingent conséquent aux cérémonies de la Recherche… » Le 8 mai suivant, la cérémonie, au grand étonnement des services, fut superbe : déploiement de gardes républicains, cérémonie des couleurs, sonnerie aux morts, minute de silence, hymne national . Le Ministre se tourna vers moi, hocha la tête d’un air satisfait.

La Garde Républicaine ne nous a jamais manqué.

A chaque cérémonie, accueil de Ministres étrangers, fête de la science, les Gardes étaient là en nombre et, hommage suprême, réservé généralement au Président de la République, il nous est même arrivé d’avoir droit « aux Cavaliers ».

Marie-Claude Ledur

  • Chef de cabinet du Ministre de 1984 à 1986, puis de 1988 à 1991
  • Chargée de mission auprès du Ministre de 1991 à 1993

 

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