28 Novembre 2016

Etienne Guyon

La science pour l'art

Le diplomitif timide et impressionné prend rendez vous avec un jeune Maitre de conférence à la Sorbonne, Hubert Curien, pour obtenir le prêt de gros cristaux de calcite et des diamants nécessaires pour des expériences de rayons X qu’il devait faire. Celui ci répond de façon chaleureuse « commençons par faire une visite à deux de la collection de cristaux » (dont il était alors le responsable). Puis il ajoute d’un air complice « tu me les rendras, bien sûr ; et, bien sûr, ce ne sera pas pour les irradier ! ». Ce même professeur accompagnera la suite de mes études avec notre préparation à l’Agrégation de Physique puis à son Jury. C’est toujours avec la même attention rigoureuse, confiante et amicale que je retrouverai si souvent ce maitre qui savait faire naître l’amitié.

Je l’ai accueilli plusieurs fois dans notre laboratoire de l’Ecole de Physique et Chimie où il aimait de façon discrète venir pour discuter et écouter. Il était à l’affût des surprises que réserve la recherche, comme ce fut le cas avec cette découverte de Schectman des cristaux à faces pentagonales … un choc pour tout bon cristallographe ou physicien du solide.

A la rue D’Ulm, nous nous sommes souvent revus. Cela m’a donné l’idée d’éditer aux presses de l’ENS, avec Jacques Louis Lions un ouvrage Hubert Curien ; pour une politique internationale de la Science* Ce livre a gardé toute sa fraicheur avec des auteurs dont beaucoup ne sont plus avec nous pour se joindre à l’hommage qui lui est rendu aujourd’hui.

C’est autour des actions de communication de la Science que j’ai eu les contacts les plus chaleureux et vivants avec lui : alors que je présidais le comité d’orientation de la Villette où il m’avait nommé, Hubert manifestait une curiosité un peu inquiète de la création de ce mastodonte. Les contacts ont été plus simples alors que j’étais aux commandes du Palais de la Découverte, qu’il aimait et visitait volontiers à l’occasion d’inaugurations et qu’il a soutenu chaque fois que son statut et sa présence au sein du Grand Palais ont été menacés. C’est à la sortie d’une de ses visites au Palais qu’on le voit assis au milieu d’un groupe d’élèves sur une photo de présentation de cette soirée.

J’ai tout particulièrement présent à l’esprit les dix années pendant lesquelles nous avons participé ensemble au jury du prix LVMH de La science pour l’Art. A travers des dizaines de dossiers, nous rencontrions à chaque fois des propositions originales, inattendues, même farfelues. Et il était présent, et bien présent, dans ces découvertes de sujets et de résultats originaux qui constituaient un temps de détente fascinant, alors même qu’il avait bien d’autres responsabilités qu’il laissait volontiers pour deux demi-journées de rencontre de jury !

Etienne Guyon

  • Physicien 
  • Ancien directeur de l’Ecole Normale Supérieure

 

 

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