7 Mai 2018

Christophe Curien

"Mon père et mes sœurs"

Lorsque le CESAL, par la voix charmante d’Anne-Lucie THIZEAU, m’a demandé de réaliser une peinture à l’effigie de mon père, j’en fus tout

  • à la fois très flatté et grandement paniqué.Ravi de cette mission de confiance me permettant dans un cadre officiel d’exercer mes talents picturaux sur le motif même de mes origines,
  • Mais craintivement perturbé à l’idée de triturer, dans les règles de l’art, la sacro-sainte image de l’autorité paternelle.

La joyeuse motivation compensant avantageusement le trac, je m’attelais gaillardement à la tâche. Mais aujourd’hui où l’on dévoile publiquement le résultat de mon travail, j’avoue humblement que c’est plutôt le trac qui prend le pas.

Voici quelques mots pour présenter ma peinture en réponse aux questions que certains pourraient se poser.
Dans ma peinture en général, la mise en scène revêt un caractère essentiel, tant sur le plan narratif de l’expression que sur le plan esthétique de la composition.

J’attache donc une importance primordiale à ce que l’on appelle dans le cinéma, l'accessoirisation du décor. Et plus particulièrement, s’il s’agit d’un portrait où les éléments symboliques soulignent la personnalité du modèle.
Pour planter mon décor, je n’ai eu qu’à choisir dans la multitude des points forts du parcours de mon père : le scientifique, le professeur, le cristallographe, l’académicien… et le père !

  • Sous des cieux étoilés, j’ai fait la part belle à la conquête spatiale dont il fut l’un des acteurs européens. Les lanceurs Ariane dressés sur un globe terrestre sont autant de petits drapeaux qui incarnent une volonté farouche d’universalité pour la paix et le progrès.
  • Les broderies de l’habit vert ne sont pas tout à fait fantaisistes. Elles schématisent un réseau cristallographique imaginaire qui rappelle la spécialité première de notre académicien.
  • L’alliance, bien dorée, est un clin d’œil à ma mère

Quant au portrait proprement dit, beaucoup s’interrogeront sur la mine très verte du patient, je répondrai que ce ton, symbole de l’espérance, est l’une de mes couleurs fétiches, bien que je ne sois pas tombé dedans quand j’étais petit ! La légende dira qu’il y a de nombreuses années j’ai surestimé quantitativement l’achat de peinture verte pour l’exécution d’un décor mural… et je me suis trouvé en possession d’un très gros stock à écouler… ainsi se serait forgé l’accoutumance !

Plus sérieusement : à l’instar de Picasso qui a dit quand je n’ai pas de rouge, je mets du bleu, je n’ai vraiment aucune explication rationnelle à donner sur l’emploi du vert… d’autant plus que j’avais du rose !

Connaissant particulièrement bien le modèle, j’ai réalisé ce portrait de mémoire. Mémoire filiale sélective sur les outrages du temps. Il y a probablement plus de cheveux et moins de rides sur la toile que sur l’illustre tête ici présente. J’ai tout simplement dessiné l’éclat pétillant d’un regard, l’expression, la mimique, le jeu de mains, le maintien général… bref, une attitude qui me semble bien familière… et très professorale.

Pour conclure, j’affirme que je suis plus à l’aise pour voir mon père en couleurs, que de parler en public des couleurs de mon père.

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